18/03/2014

Sous la statue de Lénine

Sous la statue de Lénine
tu chantes, tu cries
tu exploses de joie
peuple russe de Crimée
ce soir
tu rentres chez toi.

Comme des pinceaux tonnants
les feux d’artifice
dessinent là-haut
en mille formes et couleurs
l’espoir
d’un futur plus grand.

Sous la statue de Lénine
il pleut mais tu danses,
qu’importe le temps !
Peuple russe de Crimée
ce soir
c’est toi le printemps.

Dans les urnes tu as glissé
l’amour du pays
défiant les menaces.
Au plus profond de la nuit
ton oui
éclaire la place.

Sous la statue de Lénine
les drapeaux brandis
indiquent la voie
peuple russe de Crimée
ce soir
tu rentres chez toi.

12/03/2014

Ils ont choisi la guerre

De propagande, il grêle dru.
Les nazis peints en gens
probes de la rue
les assassins contés
en Saints et Martyrs
la croix gammée cachée
des écrans télé
l’habillage se tient
aux couleurs du bien,
bleu du ciel et jaune du blé.

Bleu le ciel et bleue la Mer Noire.
Que la Russie aussi
y patauge, assez !
Vite, déboulonner
Lénine, cracher
sur Poutine, crier
à l’occupation
se tourner vers l’Otan.
Le long bras d’acier
de l’Oncle Sam répond présent.

Cent ans exactement après la Der des Ders.

L’Empire adore fer et canons.
Gaz et blé à portée
des avions, il veut
mettre la main sur tout.
Un nouvel Eltsine
est prévu au Kremlin
qui bradera l’Ours
pour un doigt de vodka.
Repas attendu
les vautours volent haut autour.

Cent ans exactement après la Der des Ders
ils ont choisi la guerre.

05/03/2014

Ukraine

Bandera, nationaliste
à croix gammée
ovationné
sur Maïdan.

L’Empire
donne l’accolade.
Place de l’Indépendance
prête allégeance.

Nazis
et Oncle Sam ? 
Une histoire vieille
de soixante-dix ans.

Allende, où es-tu ?
Et vous tous
mes frères
par millions massacrés

d’avoir choisi
le Rouge ?
Pas de place!
Plus de monuments !

Enterrés vivants
comme cent mille juifs
à Babi Yar
Kiev

en l’an d’Hitler 1941.

24/02/2014

Mes idées

Mes idées sont celles de mon milieu.

Jeune, j’ai bien cherché à en avoir
une ou deux à moi
un soupçon d’art, quelques pas
hors des chemins battus.

Faut que jeunesse se passe ! disait
mon père, et elle est passée.
Depuis longtemps
plus question de penser, j’engrange

l’argent va à l’argent,
naturellement. De clubs en conférences
de salons en vastes greens
j’écoute mes amis

le gestionnaire brillant, le PDG heureux
je m’imprègne de leurs mots
je les polis, les garde au chaud
pour les servir tels quels

dans les dîners en ville à ceux
qui comme moi n’ont pas
de temps à perdre. Quel succès, pardieu…
Les femmes me trouvent séduisant

et tous tellement, tellement intelligent !

06/02/2014

Si la révolte

Si la révolte s’habille
en croix gammées Jean-Marine
sales juifs, sales gouines
leurs voix s’égosillent 

Si la révolte se pare
de diktats lugubres et moisis
de rances interdits
Adam et Eve en fanfare

Si la révolte devient
un ramassis de vieilles ordures
et à la figure
des crachats de venins

Faudrait-il pour autant
se taire, se résigner au présent ?
Et laisser faire
les banques d’affaires

les escrocs les pourvus
les nains politiques oui-oui
les nantis
les rapaces les sangsues ?

Ah non, mes bons camarades !
De ces intrigues, parades
et fausses colères
vous le savez, les gibecières

du passé sont remplies.
Jusqu’au jour, car il y a ce jour
où à son tour
le peuple se lève et les vomit.

Qu’importe si ce moment
est près ou trop loin de nous.
Reste à tout instant
à se tenir debout.

06/01/2014

Ouvrier

Ouvrier
Lève la tête

Ouvrier
Baisse les yeux

Ouvrier
Orgueil et fierté

Ouvrier
Les usines sont fermées

Ouvrier
L’avenir surgit de tes mains

Ouvrier
Tu n’as aucun lendemain

Ouvrier
Fraternel, solidaire, universel

Ouvrier
L’immigré pique ton pain

Ouvrier
Dirigeant la lutte des classes

Ouvrier
Peut-être dans quelques musées

Ouvrier
La justice te réclame à grands cris

Ouvrier
Où ça ? Personne ne veut de toi

Ouvrier
Lève la tête

Ouvrier
Baisse les yeux, c’est fini


Jamais ! Plutôt crever que me rendre.

17/12/2013

Baal

Dieu est mort
Baal règne et domine.

Marché à la main invisible,
disent-ils.
Chacun pour soi !
Mue-toi en esclave
de ta propre cupidité.

Dieu est mort
Le Veau d’Or mugit de plus belle.

Enchaînés
les hommes lui apportent
- cortège sanglant-
offrandes de mort, de rancune
et de sombre folie.

Poètes de la liberté
à vos couteaux !

Dieu est mort
Baal doit mourir.

23/11/2013

S'allument déjà

Contre l’argent roi
le peuple
vous pressait d’agir.

Rien, sauf cajoler
les loups
leur confier à genoux

votre sort et le nôtre.
Rire
des loups. Par ici

tout fait sombre
naufrage
d’aucuns cherchent

un improbable
radeau
tandis que les feux

d’on ne sait quel
bûcher
s’allument déjà.

03/11/2013

Sur les marches de l'église

Sur les marches de l’église
tu viens vers moi
le pas hésitant
la voix cassée
cherchant un mot
de réconfort
une pièce, un café.

Déchiré
comme tes habits
dans les tréfonds
de l’âme
trahi par tes amis
par toi-même incompris
ta vie pend, impossible

d’en coudre
les lambeaux.
Etre
et ne pas être
telle n’est plus la question
juste le fardeau
de chacun de tes pas.

26/10/2013

On en est là

Des ouvriers roumains sous-payés
prennent la place
d’ouvriers bretons licenciés.

On en vient aux mains.

Certains crient Le Pen
comme on crie
vengeance ou trahison.

On cogne sur son frère.

Les usines ferment
la Bourse s’envole
des ouvriers se font la guerre.

On en est là.

01/10/2013

Stabilità

Noi a zigzagare
perderci
affogare
nè vita
nè stabilità,
solo miseria e digrignar di
denti
scherno, giorni fottuti.

Loro invece, per dio!
Inetti
delinquenti
ma in cabina di comando
abbarbicati
guai
a disturbare
la stabilità del male.

Ancora grido
di rabbia
ma che m’importa ormai?
A una trave
appeso
il nulla atteso
verrà, 
la mia stabilità.

23/09/2013

Mutti

Si le choix était
entre un gaffeur SPD de droite
au gros doigt d’honneur
et la bonne vieille Mutti
rassurante et joufflue
telle la boulangère du coin
comment vous reprocher
d’avoir encore choisi Merkel ?
Plus rusée que Thatcher

Angela cache le fer, préfère
jouer du Mozart, de la Flûte enchantée,
juste disperser aux quatre vents
les mots magiques :
Deutschland  Prospérité !
puis ramasser vos suffrages dévoués.
L’important est que rien ne change,
vie calme, grosses voitures
silencieuses, machines-outils,

femmes au foyer, bas salaires,
exportations, pas d’enfants,
Turcs sans droits,
autoroutes sans limites de vitesse.
Surtout ignorer ce qu’elle inflige
à nous autres Grecs, Portugais, Espagnols,
Italiens, Français ou alors trouver
naturel que nous les PIGS,
soyons traités comme tels

comme des cochons
qu’on saigne, qu’on égorge
pas de travail, pas de toit
à mendier de l’aide, à crier
oh sages fourmis, généreux créanciers,
braves gens, ayez pitié !
Comment vous reprocher
d’avoir encore choisi la bonne vieille Mutti,
la Mère ?

07/09/2013

Francesco va a Damasco

Sul cammino dove Paolo incontro’
la Grande Luce
Francesco va, apre le braccia
al mondo e tace.

Tacendo sfida i frastuoni di guerra
e le menzogne,
nelle braccia accoglie
chi muore gridando di dolore.

Davanti a lui, esitazioni.
Ogni campo osserva, spia,
finge, s’inchina
e per un poco tace.

Quanto dura il silenzio?
Un giorno, un’ora
o meno ancora. Poi di nuovo
guerra e grida.

Diranno: inutile il suo viaggio,
anzi dannoso, laggiù
non ci puo’ esser pace.
Eppure si’.

Il coraggio del giusto
lascia traccia di sè
in ogni uomo,
cosi’ ancora vive tra noi

Colui che fu inchiodato
in quella terra duemila anni fa
le braccia aperte
d’avere sempre amato.

Francesco va a Damasco.

20/08/2013

Et Flavio est mort

Des Paquebots Géants
obstruent le Grand Canal
énormes, menaçants
ils font trembler Saint-Marc

et Flavio est mort

leurs ventres immenses crachent
touristes par millions
qui s’éparpillent, mitraillent
achètent, font demi-tour

et Flavio est mort

chacun croyant saisir
ce qu’il ne peut comprendre
tous voulant emporter
ce qui déjà n’est plus

et Flavio est mort

seul à Venise, seul
dernier parmi les ombres
désespéré de rêves,
d’alcool et de beauté.

Les vacanciers reviennent
aux Monstres mugissants
sur le Palais des Doges
mêmes les ombres s’en vont.

16/08/2013

Flavio Nenzi

E’ troppo tardi, Flavio
per un altro spritz
per un discorso
per rifare il mondo
per salutare ogni compare
dall’Accademia ai Frari
è troppo tardi persino
per un ultimo sguardo alla Laguna
per catturare un sogno
e raccontarlo
a chi non puo’ ascoltare.

E’ troppo tardi, Flavio
per un’altra poesia
per l’amore
per la solitudine e il furore
per salutare ogni sasso
dall’Accademia ai Frari
è troppo tardi persino
per un ultimo sguardo al Canal Grande
per catturare Venezia
e raccontarla
a chi non puo’ ascoltare.

E’ troppo tardi, Flavio
amico mio
eppure mi sembrava di stare ancora li’
a girare con te per le calli
come allora
invece anche i sassi dei Frari
sapevan ch’era tardi
tardi tardi
e più ancora lo sapeva il tempo e
lo sapeva il vino,
troppo tardi persino
per dirti addio.