23/05/2013

Un fou


J’ai vu un fou, qui disait

Heureux vous qui avez faim, vous serez rassasiés !
Malheureux vous les riches, qui avez votre consolation.

Des gens s’arrêtaient

Donne à quiconque te demande,
vends ce que tu as et donnes-le en aumône

Les gens étaient de plus en plus nombreux, ça rigolait sec

Ils regarderont sans regarder, ils écouteront sans comprendre.
Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende !

On s’amusait bien, dis donc ! Mais voilà qu’il sort

Ne réclame pas à celui qui te vole ;
s’il te prend ton manteau, laisse-lui prendre aussi ta tunique

Quelqu’un a appelé les flics : incitation au vol. Et les flics : tes papiers !

Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère,
ne remarques-tu pas la poutre dans ton œil à toi ?

De pire en pire. Insultes à agents dans l’exercice, etcetera.

Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés
ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés

Les flics perdaient patience. Pas de papiers ? Pas de juges ? Allez, au trou !

Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ?
Ne tomberont-ils pas tous deux dans un trou ?

Là, ils ont sorti les matraques et te l’ont bien assaisonné. Nous, on est partis.

Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus avec des épées et des bâtons ?

Un fou, je vous dis. Vox clamans in deserto.

21/05/2013

Amor cortese


Come vorrei di rime musicali
riempir questa poesia: amor cortese
donzelle, sentimenti, madrugali
puri slanci del cuor, sospiri, attese;

è riposar quel volo sulle ali
dell’emozioni palpitanti accese
da sublimi visioni, mai triviali
questioni di fame, freddo o spese.

Eppure no. Mi tocca scavar li’
dove la gente muore, ogni mese
ogni giorno. Io devo stare qui

a scrivere per voi, vite sospese
a soffrire con voi, povera gente
che tanto amo, perchè non conta niente.

17/05/2013

Faut payer la dette


Y a pas de boulot
Faut payer la dette

Toutes façons, j’suis trop vieux
Faut payer la dette

Y a pas l’ombre d’un toit
Faut payer la dette

Tout trop cher pour moi
Faut payer la dette

Putain, qu’est-ce qu’il fait froid
Faut payer la dette

Je fouille les poubelles
Faut payer la dette

Honte, honte, honte !
Faut payer la dette

Rare la main tendue
Faut payer la dette

Disparus les sourires, la gaieté des gens
Faut payer la dette

Envolés les jours heureux
Faut payer la dette

Jeunesse et vie de peu
Faut payer la dette

Dans la rue, je meurs
Faut payer la dette

Je meurs devant Pôle Emploi
Faut payer la dette

Je meurs de ne pas être entendu
Faut payer la dette

Je meurs pour me libérer de vous
Faut payer la dette

Mort, je ne paierai pas
Faut payer la dette jusque dans l’au-delà.

10/05/2013

Morts de Dacca


Je vous connais
morts de Dacca
corps disloqués, têtes fracassées
mains et jambes
arrachées

je vous connais
ouvriers du textile
ensevelis sous des tonnes
de gravats
de machines-outils

je vous connais
travailleurs de la faim
vies à deux dollars
sort au monde
indifférent

je vous connais
morts de Dacca
qui cousiez
sur mes chemises
en rouge sang :

made in Bangladesh.

08/05/2013

Mouvement


Deux fois tu ne pourras
te baigner
dans la même rivière.

Viens voir Héraclite
ces hommes
craignant tout mouvement

fossiles d’eux-mêmes
ils dominent
ce qui déjà est mort.

06/05/2013

Corri corri


Corri corri
non fermarti
gioventù ribelle
sangue bollente

di’ la giustizia
di’ la libertà
di’ il sogno
di un’altra umanità.

23/04/2013

Restaurazione


Si puo’ restaurare il re
senz’averlo ghigliottinato?

Si puo’ cacciare Bonaparte
senz’averlo incoronato?

Si puo’ avere la Restaurazione
senza la Rivoluzione?

In Italia si puo’.
Il Gattopardo è mummia, ormai.

13/04/2013

Faut-il vraiment?


Faut-il vraiment
le répéter ?

Il y a la guerre.

Les Boys
de Ronald & Maggie
ont porté le fer
ruiné à leur profit
Russie, Asie etcetera
et là
c’est notre tour.

Il y a la guerre.

Depuis
Bruxelles & Berlin
ils déferlent
sanglés en uniforme Armani
ils ont déjà pris
Athènes, Madrid, Lisbonne
Rome et Nicosie.

Il y a la guerre.

Comme loups affamés
ils dévorent peuples
et Etats. Eux
le fric, les armes, les lois
nous rien. Gens
par terre
et cris d’effroi.

Alors oui, encore
le répéter.

Il y a la guerre.

10/04/2013

Sincère


Tu es sincère
François,
pauvres de nous !

Les yeux dans les yeux
jour après jour
tu as cru
et tu crois toujours
ceux
pour qui la vérité
n’est rien et la fortune,
tout.

Tu as cru Cahuzac
les Banques
le MEDEF et les Pigeons
Total, Mittal
Merkel, Cameron et
Van Rompuy. Bref, tu les crois
tous, sauf peut-être
Sarkozy.

Tu es sincère
François,
pauvres de nous !

Dans ce monde putain
de pilleurs puissants
avançant cachés
sous le manteau
du bien
l’homme honnête
ne croit rien,
il brandit son épée.

Vite
François,
ou nous allons crever.

06/04/2013

Con dignità


Il Sindaco abita qui
saliamo, forse lui
chissà.

Dottore ecco,
ma che resti tra noi
certi sguardi già.

I servizi sociali?
No, no!
Come si fa

dopo una vita
di lavoro, a...
la pietà non fa

per noi,
ci vergognamo.
Vieni Anna, andiamo.

Andiamo, Romeo
ma adesso?
Adesso resta

quel viaggio
e per biglietto
due righe d’addio.

Le corde
come valigie,
si puo’ partire di qua

con dignità.


(per AnnaMaria Sopranzi, Romeo Dionisi e Giovanni Sopranzi)

01/04/2013

Vêtues de noir


Deux femmes de noir vêtues
charbon de la rue
traînant un caddie de fatras.

Tu nous as assez vues ?

Regard bleu transperçant,
sous les cendres
le feu. Je baisse les yeux.

30/03/2013

D'autres le détruiront


Ce que vous ne savez
pas réparer
remettre en marche
ce que vous ne pouvez
pas faire à nouveau fonctionner
d’autres le détruiront
bientôt complètement
d’autres le hacheront
en mille morceaux
le réduiront à néant.

Du vivre ensemble
de la main tendue
du secours fraternel
du mot juste et du regard honnête
par vous négligés
d’autres en feront bouillie
pour leurs chiens
pâtée pour leurs gardes
vomi
de leurs festins.

A force de montrer
obstinément
le chemin de Golgotha, larmes
et sang, peuples échangés
contre des virgules de PIB
d’autres y courent
clous et marteaux
à la main
d’autres y sont déjà
monter par millions les croix.

Qui pourra vous le pardonner ?

27/03/2013

Europe


C’était une belle idée
fraternité
plus jamais la guerre
les armes l’un contre l’autre
pointées
c’était une grande idée
espoir, solidarité
jeunesse
du vieux continent
de ses peuples librement unis.

Europe chérie.

C’était sans compter
avec l’argent
tissant sa toile en silence
puis s’imposant
partout
arrogant, ravageur
jusqu’à l’étranglement
des nations
sans pitié sévissant
contre les peuples asservis.

Europe haïe.

Désormais il n’y a
plus de chemin commun
le vieux continent
se fait à nouveau
très vieux
quelqu’un cherche encore
à sauver sa peau
voyez les autres
se suicider
des peuples par trop estourbis.

Europe finie.

21/03/2013

Ibn Al-Dheeb


Ibn al-Dheeb est poète qatari
poète emprisonné
pour quelques vers
poète torturé et condamné.
Qui s’en soucie ?
Qatar, capitale Doha
succursale Paris
qui oserait protester
et faire de la peine
à l’Emir Al-Thani ?

Certes pas l’ami Sarkozy
et d’ailleurs
Sarko est ailleurs
traversant un autre désert
entre Neuilly et Benghazi.
Peut-être Leonardo ? Mais voyons !
Leonardo est heureux
il pense au Barça
aux schémas de jeu, à Ibra
à la Ligue des Champions.

Dati, Lang, Villepin ?
Surtout pas !
Ayant cédé leur langue
bien pendue
au pétrodollar dominant
et vendu ce qui restait
de leur âme au pipe-line
ils se cachent désormais,
ils se font taiseux.
Tous les autres comme eux.

Peut-être jugent-ils
tous autant qu’ils sont
que ce poète imprudent
cet Al-Dheeb impudent
s’en sort plutôt bien.
Quinze ans de prison
pour avoir célébré
au Qatar le jasmin
du printemps tunisien
ce n’est pas trop cher payé.

12/03/2013

A bout


J’encaisse
je travaille je me dépêche
je mange à peine
j’ai chaud j’ai froid
je stresse je galère je traîne
je n’en peux mais
je recommence demain matin

Le désespoir ne sert à rien
la douleur
le savoir
l’histoire ne sert à rien
le futur
la joie
la connerie
l’alcool
l’Etat
rien ne sert à rien

Je me tais
comme des millions
je proteste en vivant

Je me pends
je me jette d’une tour
je me noie
je me brûle devant Pôle Emploi
je me fais exploser la cervelle
je prends la caravelle
pour l’enfer

L’amour ne sert à rien
la famille
la vie
l’histoire ne sert à rien
l’espoir
la colère
la joie
la bière
les copains
rien ne sert à rien

Je me tue
comme des millions
je proteste en partant.