12/03/2013

A bout


J’encaisse
je travaille je me dépêche
je mange à peine
j’ai chaud j’ai froid
je stresse je galère je traîne
je n’en peux mais
je recommence demain matin

Le désespoir ne sert à rien
la douleur
le savoir
l’histoire ne sert à rien
le futur
la joie
la connerie
l’alcool
l’Etat
rien ne sert à rien

Je me tais
comme des millions
je proteste en vivant

Je me pends
je me jette d’une tour
je me noie
je me brûle devant Pôle Emploi
je me fais exploser la cervelle
je prends la caravelle
pour l’enfer

L’amour ne sert à rien
la famille
la vie
l’histoire ne sert à rien
l’espoir
la colère
la joie
la bière
les copains
rien ne sert à rien

Je me tue
comme des millions
je proteste en partant.

04/03/2013

Tu écris? J'écris


Tu écris ?
J’écris

A quoi ça sert d’écrire ?
A peu. Faudrait agir

Pourtant tu écris. Pourquoi ?
J’ai agi dans le temps déjà

L’action ce n’est qu’une fois ?
Plutôt mille, au contraire

Pourtant tu attends. Pourquoi ?
Pour trouver la manière

Quelle manière ?
Celle de ne plus me mystifier

Serait-ce si grave de se tromper ?
Cela dépend

De quoi ?
Des erreurs que l’on fait, de leur poids

Et les tiennes furent lourdes ?
Sans doute trop pour moi

Et de rien faire, c’est grave ?
Au moins autant, je crois.

Alors, que comptes-tu faire maintenant ?
Agir un peu

Tu agis ? Où ça ? Comment ?
J’agis là, sous tes yeux

Tu écris ?
J’écris

06/02/2013

Pantomima


Ritorna il Cavaliere inesistente
sotto il trucco e il cerone non c’è niente

aleggia mantellante il Professore
che ogni cosa dissolve in poche ore

titubante uno viene a far la foca
col pallone sul naso dell’Europa
 
c’è persino arruffato uno strillone
indeciso tra i vini e il baraccone

pantomimando la discesa in pista
son pronti, ma la recita è già vista.
 
Quanti disastri hai fatto, quanti guai!
Che dici? Saran gli amici tuoi, semmai!

Hai governato tu dopo di me!
E tu hai governato assieme a me!

E’ vero, ahimé! Ma allora come fare
per restare a galla, non naufragare ?

La soluzione è di trovare a chi
dare la colpa di quel che accade qui.

Uno dice: alla mafia. Non scherziamo!
E la camorra? Vivere vogliamo!

Gli inquinatori in massa del Silento?
Gli abusivi dei templi d’Agrigento?

I gran banchieri ? I palazzinari?
Gli idraulici? I dentisti milionari?

La foca ondeggia, si agita, volteggia
del Vampiro si muove la mantella

il cerone sghignazza allegramente
sulla faccia del Cav inesistente

laggiù strilla strillando lo strillone
chissà che agitando dal balcone

quando nei cieli appare SuperMario,
tra Goldman Sachs e il Fondo Monetario.

Con voce di comando forte e altiera
il Drago detta la sua legge vera:

lasciate stare i ricchi e i padroni
sono loro che scrivono i copioni

addosso agli operai, agli immigrati
ai vecchi, ai poveracci, agli ammalati

colpite duro, mandateli a fondo
son troppo cari e inutili al mondo.

Obbedisco! Gridano quelli in coro
i colpevoli veri sono loro!

Tutti scendon dal palco e immantinente
cominciano a picchiare sulla gente

la recita finisce sempre a botte
loro a menare e noi le ossa rotte

una schifezza proprio ‘sto copione...
non lo si puo’ cambiare all’occasione?

Ci piacerebbe far venir Brighella
sul palco a bastonare la mantella

e poi che venga pure Arlecchino
per infilarli tutti in un tombino.

11/01/2013

Allez chercher


Allez chercher
deux ou trois étoiles
et fusillez-les pour l’exemple.

Que les Camarades-Poètes
arrêtent un peu
d’y promener leur tête.
 
C’est la guerre ici
bordel de Dieu !
Rien à foutre des cieux.

07/01/2013

Passeport soviétique


Tu étais si fier Volodia
de ton passeport soviétique
rouge symbole
de la Patrie bolchévique
terre d’Ouvriers et de Géants.

Par bonheur tu es parti
bien avant cette poutinesque
farce livrant
ses ersatz du rouge document
à toutes espèces de bandits.

06/01/2013

Di qua e di là


Noi di qua
loro di là
mille frontiere
per tenerci qua
nessuna
di là.

Noi di qua
loro di là
finchè la morte verrà.

08/12/2012

Hauts-fourneaux


Ah ils étaient beaux
les hauts-fourneaux allumés
là-bas dans la vallée ;
l’acier y coulait à flots
magma incandescent, dans les veines des ouvriers
le sang.

Ah ils sont encore beaux
les hauts-fourneaux endormis
là-bas dans la vallée ;
tant qu’il reste un espoir
de rage les rallumer brûlants, comme des ouvriers
le sang.

Ah ils sont hideux
les hauts-fourneaux coupés
là-bas dans la vallée ;
tous s’y sont mis à la fin
du cœur battant en terminer, et des ouvriers
le sang.

28/11/2012

La liste


Y aller par quatre chemins, c’est terminé.

Fini le brouillard doucereux
des mots qui flattent l’ouvrier
le communisme a vécu
on peut parler cru
les responsables de la crise
sont connus
et nommément désignés.

Les salariés trop payés, les chômeurs fainéants
les immigrés, les syndicats, les enseignants
les fonctionnaires, toute administration
Etat, villes, départements, Régions
les fraudeurs à la Sécu, les faux handicapés
les resquilleurs, les 35 heures, les vacanciers, les RTT
les mineurs désœuvrés, les retraités
les malades trop malades
les jeunes trop jeunes, les vieux trop vieux
le fisc, les Postes, les Trains
les punks à chiens, le temps qu’il fait.
Cela ne suffit pas ?

Nous avons en réserve l’Inde, la Chine
et autres BRIC émergeants ou émergés
les PIGS et le déclin de l’Occident
la mort de Dieu
les drogues, alcools et tabac
les célibataires, gays, lesbiennes, les familles recomposées
l’islam, le rap, les rave-party, Lady Gaga
l’art qui n’en est pas, les ours des Pyrénées, les loups
les requins de la Réunion
bref
les seuls hors de la liste, c’est nous.

Crise, dette, chômage, misère, suicides, dépression ?
Ce sont bien les victimes
qui posent question
nos experts de renom
le répètent chaque jour, à la télévision.
Exemple. Une usine va fermer.
A la télé les experts tiendront ce discours
aux travailleurs licenciés

Ouvriers,
les courbes du Cash Flow et de l’action
croisées avec la chute du ROE
du Forecast et du PIB
ne laissent guère le choix 
pour sauvegarder l’emploi
vous allez perdre votre emploi.

Vous craignez la misère ? Pourquoi ? La misère c’est si peu !
Vous protestez ? Inutile, hasardeux !
Vous votez la grève ? Dangereux !
Vous êtes en colère ? N’aggravez pas votre cas !
Vous voulez tout faire exploser ? Surtout pas ! acceptez
désormais le monde tel qu’il est !
Vous refusez ?

Conclusion des experts.

L’obstination irraisonnée des ouvriers
s’arc-boutant à leurs propres dépens
sur les privilèges du passé
les rend responsables –hélas !
de leur malheureuse destinée.

Y aller par quatre chemins, c’est terminé.

22/11/2012

Sur le terre-plein de Belleville


Sur le terre-plein de Belleville
samedi matin dans la bruine
les filles du Wenzhou attendent les clients
debout la plupart
d’autres accroupies sur leurs talons
certaines fument en clignant des yeux
une à l’écart contre un mur adossée
lit son journal
aux idéogrammes mystérieux.
Que veut-elle

savoir qu’elle ne sache déjà ?
La vie est dure
ici comme là-bas, nul besoin
pour l’apprendre de feuille imprimée.
Une annonce peut-être
ou le mariage d’une fille
en longue et blanche Limousine, robe rouge
et tout ce qui brille, si près
si loin
du terre-plein de Belleville.

Pendant qu’elle lit
un type survient au regard incertain
pas tout à fait ouvert
pas tout à fait éteint. Il s’arrête
on dirait qu’il déchiffre lui aussi
puis il tape dans le journal,
doucement.
La fille sans un mot le replie
et commence à marcher devant,
l’homme la suit.

16/11/2012

Picchiate, picchiate sui romanzi


Picchiate, picchiate sui romanzi
sul Satyricon
sul Nome della Rosa, sull’Orlando
sul Gattopardo
picchiate, picchiate sui poeti
su Lucrezio, Dante, Ungaretti, Petrarca
su Leopardi

picchiate, picchiate sugli scudi di carta
innalzati dai millenni
l’eco dei vostri manganelli
risuona mentre fate a pezzi
gli studenti li’ sotto stretti
mentre frantumate le tracce
dell’anima d’Italia.

Picchiate, picchiate sulla civiltà
è il vostro lavoro
lavoratori del manganello
picchiate senza sosta sui libri
e sui lettori, poi
picchiate sugli Autori. Andate a caccia
dei pochi ancora vivi

ma non dimenticate i morti
cosi’ pericolosi di bellezza.
I Grandi Morti
uno per uno
ammazzateli di nuovo
affinchè nessuno più
prenda esempio da loro.

Il Capitale globale circola meglio
senza pensiero.
Picchiate, picchiate sui romanzi.

09/11/2012

A ceux qui voudraient


A ceux qui voudraient
nous chasser de la Cité
je réponds :
inutile
ne voyez-vous pas
que la Cité a disparu ?

A ceux qui voudraient
reconstruire seuls la Cité
je réponds :
impossible
ne savez-vous pas
que la Cité c’est nous ?

Il n’est pas de Poésie
désincarnée
nous sommes la chair
de la Cité
les signes, les pas
de mille humanités.

A ceux qui voudraient
engloutir la Cité
nous y noyer
en proclamant :
ruines et traces
ne sont plus d’actualité

je réponds :
allez-y
tuez-nous tous
et quand vous serez seuls
confiez le peu d’âme
qui vous reste aux machines

quand la lumière s’éteindra
dans le dernier Bang
technologique
vous aurez enfin
ce que vous cherchez tellement,
votre éternité noire.

08/11/2012

Barack


On est contents, Barack
tu peux voir ça ?
Une vague de soulagement
parcourt la planète
mais ne crois pas
que ça soit vraiment pour toi.

On est contents
que Wall Street ait perdu
cette bataille
eux qui ne perdent jamais
ni un centime ni leur morgue
que les Banquiers n’aillent pas
s’installer directement
à la Maison Blanche
alors qu’ils y sont déjà
tu vois le peu qu’il nous faut
à nous les petites gens
pour être contents.

On est contents
je n’ai pas dit heureux
comme il y a 4 ans
quand on espérait tellement
faut dire qu’à l’époque
on n’avait pas compris
que la guerre était perdue
et qu’il nous resterait
le choix 
entre se rendre ou encore saigner
juste pour avoir le droit
de continuer le combat.

On est contents, Barack
d’avoir fait face au désespoir.
Ceux qui t’ont réélu
vont retourner ce soir
à leur vie compliquée
en arborant un petit sourire.

18/10/2012

La Ripresa


Monti vede la Ripresa
come la Madonna

tra un’accozzaglia
di pazzi, d’invasati
 
sta a vendere miraggi
ai disgraziati.

02/10/2012

Vider la mer à la cuillière


Comme des enfants sur la plage
s’amusant avec un sceau
à y faire rentrer la mer
et à la vider dans un trou
quelques mètres plus haut
ainsi certains se tiennent
armés d’une simple cuillère
devant les vagues
de l’injustice
devant les flots de la misère.
 
Je ne ris pas
encore moins je les blâme
ces gens honnêtes
et francs
bien au contraire l’envie me prend
de leur filer un coup de main
d’y aller moi-aussi devant la mer
sans sceau ni cuillère
mais avec une bonne vieille pelleteuse
prolétaire
une des ces machines laides et fortes
qui ont tellement travaillé
et mérité
par d’autres temps, en d’autres contrées.

Que viens-tu faire avec ça ?
Me diront-ils.
Ce n’est pas vraiment plus utile
que nos cuillères !

Une seule machine
non
je vous l’accorde
mais s’il en venait des millions ?

S’il venait sur la plage
un ballet incessant
et à perte de vue
de mille et mille engins puissants
conduits par tous ceux
morts et vivants
qui ne demandent pas mieux
que d’être réunis à nouveau
dans le travail
pour un monde différent

on aurait une chance
finalement.

Puisque le rêve
seul
peut vider la mer.

01/10/2012

De quoi Angela Merkel est-elle le nom?


LES FINANCIERS
De notre meilleure employée


LE PEUPLE GREC
De la plus noire obscurité


LA COMMISSION EUROPEENNE
De la concurrence libre et non faussée


L’INDIGNE’ ESPAGNOL
Du désert qui nous ensevelit


LE SANS-ABRI PORTUGAIS
Du toit qu’on m’a pris


LE RETRAITE’ ALLEMAND
De mes économies


L’AMERICAIN MOYEN
Le nom de quoi ? De qui ?


LA DROITE FRANCAISE
De l’exemple à suivre à tout prix


LA GAUCHE FRANCAISE
Des couleuvres géantes englouties


L’ITALIEN RUINE’
De la mort de mon usine


LES PUSSY RIOTS
D’une bonne amie de Poutine

 
LES DIRIGEANTS CHINOIS
De l’irrésistible attrait de la Chine 


LE PHILOSOPHE
De la démocratie soumise aux marchés


LES REVOLUTIONNAIRES
De notre impuissance à tout changer.