01/05/2016

Etincelle

Quand se lève le vent
dans la plaine asséchée
une étincelle suffit
pour l’embraser

ainsi dans la prairie
du peuple encoléré
des gens casqués s’activent
à l’allumer

par leurs gourdins cognant
et suffoquant nos cris
quand nous prenons la rue
ou bien la nuit

par leur mépris furieux
des pauvres, des sans-dents
des jeunes sans cerveau
des insoumis

ne cherchez pas ailleurs
les mystérieux casseurs
ils sont en rangs noirs, là :
casseurs d’Etat.

Petit avis du coup
aux pyromanes fous
donneurs d’ordres infects
et de leçons

indues : politiciens
véreux, patrons hargneux
et autres vieux papiers
du Panama

souffrez cela, qu’un jour
les braises de ces feux
n’atteignent, joli tour !
vos propres culs. 

24/04/2016

Petits perroquets verts

Petits perroquets verts
cherchant dans le gravier
à picorer, parmi trop de pigeons

Cueilleurs de bouts de fer
poussant leurs gris charriots
le long des rues, entre foule et camions

Jeunes hommes et sémillants oiseaux
venus d’Afrique à Barcelone
tous suivant instinct et besoin

les uns trouvant un peu, les autres rien.

12/03/2016

Loi Travail

Pour embaucher, faut licencier
pour recruter, faut dégraisser
pour progresser, faut reculer
pour travailler, faut le gros lot
pour surnager, faut bien du pot.   

Croient-ils camoufler sous quelques faux discours
ce texte d’infamie, cette lame qui nos vies
transperce au jour le jour ?

Pour besogner, faut supplier
pour se nourrir, faut plus bouffer
pour respirer, faut suffoquer
pour se soigner, faut être sain
pour exister, faut voir demain.

Croient-ils dissimuler leur lâche soumission
de gens stupides à la pensée cupide
souillée de trahison ?

Pour vivre en paix, faut guerroyer
pour bien aimer, faut massacrer
pour discuter, faut la fermer
pour raisonner, faut surtout pas
pour être en vie, faut le trépas.
  
Camarades ! Aux barricades ! No pasaràn !


10/03/2016

Europa, addio

Troppa arroganza
troppa inconsistenza
troppa ignoranza
troppa prepotenza

drappo senza nazione
moneta senza Stato
popoli in depressione
divorzio programmato

troppa presunzione
troppa cecità
troppa corruzione
troppa velleità

cuore in ipertensione
testa di malaffare
manine d’imbroglione
smorfie da lupanare

troppa violenza
troppa cupidità
troppa ingerenza
troppa stupidità

nulla per il lavoro
tutto per il mercato
sempre più ricchi loro
e schiaffi al disperato

troppi disastri
troppe ipocrisie
troppi impiastri
troppe troppe bugie. 

Europa, addio.

19/02/2016

J'ai pas le temps de lire

J’ai pas le temps de lire
moi ! la politique, tout ça
ça sert à quoi ?
Des voleurs

des profiteurs, des salauds
des assassins sur terre
y en a eu, y en a
et des guerres en veux-tu

en voilà 
mais faudrait d’abord
que je pense à moi, à ma vie
parce qu’elle est pas belle

ma vie, eh ! Trimer chaque nuit
depuis vingt ans
comme un diable en enfer,
tu vois le résultat ?

Cinquante piges
et bon pour la poubelle !
ah, pour une vie de merde
ça en est une, putain !

Les syndicats, la grève,
la lutte des classes ?
Zéro, bordel !
Bon à se faire virer… et mes gosses ?

T’as trois gosses aussi ?
C’est pourquoi
il faut lutter ? Pour eux ?
Pour une autre vie ?

Du vent, que dalle !
La classe ouvrière, tu parles !
Elle vote FN la classe ouvrière,
t’es pas au courant ?

Pas plus que les autres ?
Pas moins non plus !
Tiens, tant qu’à faire
autant la laisser faire, la Marine 

eh ! qu’est-ce que t’en dis ?
si au lieu de lire
tes machins
ou de défiler comme un pantin

je ne sais où,
moi aussi je votais
l’un des ces jours pour la Blondasse
la Fifille Guillotine ?

Mais non, je déconne !
Un métallo fils de métallos ?
Jamais, mon coco !
Allez, laisse-moi ta brochure

il se pourrait bien
qu’au retour du turbin
j’y jette un œil
dans mon bain.

23/01/2016

Risque zéro

Bien vu, Macron !
C’est pas l’ouvrier qui risque, dis-tu
c’est le patron.

Cachés à tous regards étaient
ce PDG fourbu à l’usine
crachant ses vieux poumons sur la machine
cet actionnaire traînant
gros rouge et sales chiffons derrière soi
ces Manitous du CAC
faisant les poches aux gosses
pour un Mac Do

quelle injustice, Macron !
C’est pas l’ouvrier qui risque, dis-tu
c’est le patron.

Trop peu de gens accourent
à secourir les riches
Junker Merkel Hollande Barack Cameron
Etats-Unis au canon
OTAN Wall Street City Médias
Japon Europe Chine à l’unisson
si peu de gens, disais-je
qu’il leur fallait ta voix

pour se sentir moins seuls, Macron !
C’est pas l’ouvrier qui risque, dis-tu
c’est le patron.

L’ouvrier que risque-t-il ?
Juste sa peau, très peu !
Elle ne vaut rien sa vie
qu’il perd chaque jour à la gagner
par un travail de chien
tu peux y cracher dessus
autant que tu veux, mépris
et idolâtrie d’Argent, impunément.

Risque zéro, Macron !
Toi, c’est pas l’ouvrier qui te paie,
c’est le patron.

27/12/2015

In quegli anni, si'

In quegli anni, si’
noi facemmo sul serio.
Giovinezza smaniosa alla battaglia
anime tese e corpi strapazzati
il comunismo
lo volevamo qui, a denti stretti.

Ma fummo soli,
nessuno c’ha aiutati.
Il tuo Paese stava chiuso in sè
ben lontano da Ottobre e già sull’orlo
del vecchio mondo,
pronto in quello a tuffarsi ed annegare.

Sulla Neva, tu
hai mai pensato a noi?
Forse quando il vento correva lungo
i canali, lo sguardo perso laggiù
ti sarai detto:
che tipi strani! ma chi saranno mai?

Comunisti, si’!
Rossa e ardente gioventù!
Abbandonati dalla parte ovest
della linea di Yalta, quella che voi
rispettavate
fedeli ai patti, alla parola data.

Voi, solamente.
Quelli, caro Volodia
non rispettano niente: nè lealtà
nè verità nè vita, e quando mai?
Loro, ora lo sai
hanno il cannone come solo amico.

Noi perdemmo, si’
poi suicidarono voi.
Addio, giustizia! Umanità, kaputt!
Adesso ovunque regna la miseria
e su ogni terra
soffia di nuovo il vento della guerra.

12/12/2015

Ecrire c'est un combat

Est-ce la Poésie, un refuge ?
Cage dorée, île lointaine, abri
où se cacher tremblant
de ne pas être
(ni âme ni corps vivant)
terrier d’exhalation
pour pestilences fantômes du soi ?

Foutaises ! Je crie : Poètes
hors de vous-mêmes !
Ecrire c’est un combat
le vers épée pointue
le chant comme un poignard tranchant
contre les Erinyes
à tête de serpents.

L’Iliade reste à écrire
de la moderne guerre de Troie
lâches et félons sur scène
Dieux, grands Héros absents
qui chantera la geste dernière
de la voracité meurtrière,
l’humain aveuglement ?

Une Odyssée nouvelle attend
Ulysse fuyant sa terre
au lieu de la quérir
Ulysse n’ayant de rêves
que cauchemars en mer
et des Cyclopes au bout
seul, sans Pénélope, vaincu.

L’Enfer surtout reste à chanter,
avec Satan en force
et pas de Ciel au-dessus !
L’Enfer avant la mort
les diables ici, maintenant :
les autres, chacun, soi
dans les girons du Néant.

07/12/2015

Dans les propres rues de ma ville

Puisque j’aime la musique
puisque je bois de la bière
puisque je rentre du boulot
puisque je prends le métro
puisque j’adore le football
puisque je vis à Paris

je dois mourir criblé de balles
sans même savoir pourquoi

Puisque je fais mes prières
puisque je ne bois pas d’alcool
puisque je n’a pas de boulot
puisque je n’ai jamais pris le métro
puisque j’adore le football
puisque je vis en Syrie

je dois mourir criblé de balles
sans même savoir pourquoi

Puisque je vis à Donetsk
à Kaboul, à San Bernardino
puisque je vis à Ankara
à Beyrouth, à Madrid, à Bamako
puisque je vis en Afrique, en Asie
en Europe, en Russie, aux Etats-Unis

je dois mourir criblé de balles
sans même savoir pourquoi

puisque la folie domine le monde
et que la guerre se répand en tout lieu
ici, là-bas, partout

je dois mourir criblé de balles
dans les propres rues de ma ville
sans même savoir pourquoi.

01/11/2015

Tu volais de Charm à Piter

Tu volais de Charm à Piter
abritant sous tes ailes puissantes
la légère parfumée nostalgie de la mer
la chaleur des heures passés
sur les plages incendiées de soleil
mariage prodigieux du désert et de l’eau

tu volais de Charm à Piter
abritant dans ton ventre d’acier
les traces encore vives du bonheur
un garçon nageant au milieu des poissons
cette femme riant d’un petit rien
un homme silencieux face aux vagues vert-bleu

tu volais de Charm à Piter
abritant dans tes soutes spacieuses
les souvenirs de vacances
ces tendres petites choses qu’on ramène
à ceux que l’on aime
pour partager la joie de ses jours d’insouciance

tu volais de Charm à Piter
abritant quelque part, mais où ?
les traces d’un terrible destin
qui brise le métal, qui brise les vies
qui écrase les parfums et les rêves
dans un horribles amas de débris.

Dans le Sinaï à présent
gisent ces hommes, ces femmes, ces enfants.
Jamais ils ne reverront la Neva
ses rives aux palais enchantés
ses eaux majestueuses et le ciel de Russie
qui s’étend au lointain, infini.

19/10/2015

Luciano, addio

Luciano,
noi siamo qui con il respiro corto
del dolore, attorno al tuo corpo
che il male ha tormentato
spossato e strapazzato, noi siamo qui
ma tu amico mio, fratello, tu dove sei?

Dov’è
il nero tuo sguardo intelligente
dov’è la voce chiara, il luccichio degli occhi
il balenio impetuoso della mente
dov’è il soccorso della tua parola lucida e paziente,
e della mano tesa
dov’è il tuo sorriso grande, malizioso e indulgente
Luciano, amico mio, fratello, dove sei tu?

Come vorrei adesso pensarti sorridente
nel giardino di Eden, ma non posso: come potrei?
Tu non credevi ed io nemmeno
alla consolazione eterna,
solo al cuore umano, troppo umano credevi
quello che batte qui tra i ricordi e il pianto.

Ah, Luciano! Quante emozioni
nei nostri anni insieme
quanti scoppi di risa, progetti, discussioni
utopie di un mondo più giusto, convinzioni
quanti passi a Parigi in ogni dove
quanta voglia di fare
quante ore e giorni e mesi a lavorare
a scrivere, cercare, calcolare
come quanto e perchè
a disegnare curve grafici istogrammi
che ci sembravan vivi e veri
solo perchè eri vivo e vero tu
vero di cuore e vivo, intelligente
ma che non eran niente
che non saranno mai più niente per me
ora che tu non ci sei più.

Addio 
Luciano, amico mio, fratello. Addio.

15/09/2015

Gronde la guerre

Gronde la guerre,
la nuit règnent les bombes
aux vives couleurs d’Occident
le jour sévissent les couteaux
des hyènes au noir drapeau
gronde la guerre
enfants qui agonisent au matin
femmes esclaves d’assassins
cités millénaires rasées
villages dévastés
haut cris des hommes à la hâte jetés
sur les chemins.

Gronde la mer
où ceux qui fuient le malheur et la guerre
se noient
entre une île et une autre île
de la Grèce-misère
gronde la mer
où les canots
sur les sables de Sicile pierreux
vomissent des hommes, des enfants
qui étaient blancs ou noirs de peau
qui sont désormais
des cadavres gris-bleus.

Gronde la terre
sous la course effrénée des migrants
ayant échappé à la guerre, à la mer
qui se ruent
peu importent les murs, les frontières
en avant, en avant !
vers la plaine lointaine
hors d’ici
hissant les enfants au plus haut
des épaules fatiguées
comme autant de drapeaux
tout ce qui leur reste de vie.

Gronde le ciel
où les dieux ont détourné leur regard
de la sombre humaine folie
et le vide
des suprêmes menaces s’est fait
gronde le ciel
sur nos contrées saturées
de misère et de haine, bientôt
les ultimes missiles viendront
transformer
nos soirs lugubres et déments
en l’aube dernière qui précède le néant.

11/09/2015

Disfatta

Tremenda notte
e lugubre mattina
a sole spento.

Si puo’
non chiamarlo: tradimento?
Forse si puo’.

Si puo’
non chiamarla: rovina?
Di certo no.

Nominare la disfatta
si deve
guardare in faccia

il male
potente, truce, immane
a nulla vale

tergiversare.
Alexis, il pugnale
che ti sei fitto

in cuore
ha ucciso te
come uccide noi

alla morte
scampo non c’è
in quell’atroce

chinar la testa
al boia
in quel firmare.

Ora si puo’
ancora dire: domani?
Chissà.

15/08/2015

Tristesse océane

Ténu espoir, tristesse océane
dans les vagues ta main
tellement près de mon âme
toujours trop loin.

21/07/2015

Le mur (pour Alexis Tsipras)

Oui, le mur était haut
devant lequel on t’emmena
les mains liées, les pieds entravés
sauter au-delà comment ?
quand on te mettait
en joue déjà, canons levés
armes prêtes au feu.

Pendant 5 mois t’as résisté,
mais ce mur, ce mur !
Jamais tu n’avais vu
ni imaginé
de mur si grand,
et en vain tu allais cherchant
une aide, une main amie

pour t’y soustraire, non
ils étaient tous contre toi
18 fusils brillants de haine,
compacte et brûlante haie
d’hypocrisie et d’acier.
Signe ! criait la haie
et tu as signé.

Maintenant que l’horreur est accomplie
nous restons les bras ballants
contempler le désastre
et pleurer avec toi.
Que faire d’autre, grandieu ?
Juste peut-être
regarder bien le mur, mesurer

sa démesure
et nous mettre au boulot :
l’attaquer par ici, par là
creuser des trous dedans, les élargir
puis en démolir des bouts entiers
pour qu’un jour on puisse
par millions 

passer enfin de l’autre côté.